L'allocation universelle : raisons, objectifs et défis
La mise en place de l'allocation universelle n’est pas sans risques mais ces risques valent la peine d’être courus au vu du formidable progrès que peut constituer une telle mesure pour des centaines de millier de gens. Le risque n’est pas de découpler travail productif et rémunération puisque cette situation est déjà la réalité d’aujourd’hui. L’informatisation de la production, l’accroissement de la productivité du fait de cette informatisation, la globalisation économique et le dumping social qu’elle engendre, la croissance démographique mondiale sont responsables du chômage de masse et de la précarité (c'est-à-dire de la généralisation du travail anomique et peu productif). Le travail disparaît. On ne retrouvera pas la croissance industrielle des trente glorieuses. Il y a aussi un essoufflement de l’innovation industrielle. De nouvelles découvertes et de nouveaux progrès en matière d’informatique peuvent certes représenter un potentiel de croissance (et il faut encourager de tels progrès, c’est toujours ça de pris) mais de telles découvertes n’auront jamais l’impact qu’ont pu avoir la machine à vapeur au début de la révolution industrielle, le chemin de fer au milieu du XIXème siècle, l’électricité pendant la Belle Epoque, les biens d’équipement conjuguée au développement d’un marché intérieur de masse pendant les trente glorieuses. L’allocation universelle est donc une réponse concrète et sociale à une réalité durement vécue par des centaines de millier de gens : le chômage, la précarité, l’absence de visibilité à long terme, l’impossibilité de construire sa vie, le manque d’argent et le déficit de pouvoir d’achat. Elle permettra aussi de porter un coup d’arrêt à toutes les conséquences néfastes engendrés par la pauvreté réelle ou relative : insécurité, dégâts sociaux, développements de l’économie de la drogue, montée des tensions intercommunautaires et du populisme extrémiste. Elle évite aussi la stigmatisation des allocataires puisque tout le monde, travailleur et chômeur, patron et employé, employé du public et employé du privé sera allocataire et donc en profitera. D’autre part, l’allocataire sait que s’il trouve un travail, il gardera son allocation (et aura donc son allocation plus son salaire) et que s’il se retrouve sans travail, il gardera son allocation (à laquelle pourra s’ajouter bien sûr une partie voire la totalité des allocations chômages classiques, tout cela étant bien sûr à penser et à articuler de manière précise). L’allocation universelle permettra aussi aux jeunes de faire des projets, de se projeter dans l’avenir à l’heure où beaucoup de familles s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants et ont peur du déclassement. Pour les personnes âgées, l’allocation universelle qui viendra compléter le minimum vieillesse et les allocations retraites (on peut imaginer une allocation universelle bonifiée pour les personnes âgées pauvres qui ne touchent que le minimum vieillesse), représentera une hausse importante de pouvoir d’achat. Restent deux risques sur le plan économique qui néanmoins semblent pouvoir être conjurés si la réforme est bien menée : Il y a d’abord le risque d’un effet pervers inflationniste mais ce risque semble pouvoir être évité de trois façons : d’abord l’allocation universelle augmenterait progressivement selon la croissance ce qui éviterait un effet de surchauffe monétaire. Le RMI mis en place en 1988 qui est une proto-allocation universelle n’a pas provoqué une telle surchauffe et s’est au contraire mis en place dans un climat économique favorable qu’il a même pu contribué à favoriser très partiellement en relançant de façon maîtrisée la demande. Ensuite on assiste aujourd’hui (après la courte et assez forte déflation liée à la crise) à un retour de l’inflation, lié aux liquidités injectées par les banques centrales pour maintenir le système à flot et éviter un effondrement général. Ce retour de l’inflation n’a donc pas pour cause l’augmentation des salaires mais l’injection massive de liquidités et l’augmentation des prix par les distributeurs et les grands industriels pour regonfler leurs marges, augmenter leurs profits, reconstituer leur trésorerie, retrouver une visibilité à long terme et anticiper la reprise qu’ils espèrent (peut-être de façon un peu trop optimiste), dont ils peuvent percevoir quelques signes mais qui, pour l’instant, se fait attendre et est plus une idée du future proche qu’une réalité du présent. L’augmentation de pouvoir d’achat, donc de demande de biens de consommation de première nécessité et aussi, quoique de façon plus faible, de biens d’équipement qu’engendrerait la mise en place de l’allocation universelle ne ferait que suivre l’inflation et permettrait justement à cette sortie de crise anticipée de devenir réalité. En raisonnant de façon macro-économique on peut donc poser l’égalité suivante : allocation universelle = wagon de l’inflation = débouchés économiques pour les entreprises = augmentation de la demande globale = retour de l’équilibre de l’offre et de la demande = croissance économique donc : allocation universelle = sortie de crise. Le risque inflationniste est donc écarté puisque l’allocation universelle ne fait que suivre l’inflation. Enfin, une plus forte taxation des hauts revenus (via l'impôt sur le revenu) pour permettre le financement partiel de l’allocation universelle permet de récupérer de l’argent, donc de compenser le risque d’une surchauffe monétaire. Le deuxième risque plus sérieux est celui de voir le petit et le grand patronat prétexter de l’allocation universelle pour diminuer les salaires (notamment les salaires moyens, ceux des cadres par exemple), et pour ramener les salaires qui sont juste au-dessus du SMIC au niveau du SMIC. A cela on peut opposer deux solutions : une première solution auto-régulatrice. On sait qu’il n’est pas naturel pour un patron de diminuer les salaires, même si de telles baisses de salaires sont appelées par la situation économique. L’absence de visibilité à moyen-long terme, l’impossibilité d’avoir à sa disposition en temps réel tous les indicateurs économiques, le risque de mécontenter le salarié, de voir sa productivité chuter, de provoquer une réaction syndicale qui entraînerait plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait pousse le patron à maintenir les salaires aussi longtemps qu’il le peut et, en cas de crise, à recourir au chômage partiel ou aux licenciements plutôt qu’à la baisse des salaires. C’est la rigidité à la baisse des salaires. Mais, dans le contexte actuel où les théories néo-libérales continuent d’inspirer de nombreuses entreprises en dépit de la crise et, au risque d’ailleurs de voir la crise s’aggraver, le risque n’en demeure pas moins de voir les entreprises prétexter de l’allocation universelle pour provoquer non pas un gel des salaires (c’est déjà le cas aujourd’hui) mais une baisse des salaires nominaux, ce qui reviendrait à dissiper tous les effets positifs attendues de la mise en place de l’allocation universelle. Ainsi au lieu de voir l’intérêt de l’allocation universelle pour la reprise de l’économie et pour l’amélioration de la situation des entreprises qu’ils dirigent, les patrons préféreraient baisser les salaires pour accroître les profits à court terme. Les salariés verraient alors leur pouvoir d’achat stagné voire diminué (du fait de la conjugaison de la diminution des salaires nominaux et de la hausse des prix) et l’effet de relance de la demande globale que l’allocation universelle était censé provoqué n’aurait pas lieu. Pour éviter un tel effet pervers, il faut qu’au moment de l’élaboration de la réforme visant à instaurer l’allocation universelle, les patrons convoqués à Matignon avec les syndicats signent des accords pour s'engager à maintenir les salaires et à ne pas les baisser. Le petit patronat comprendra vite l’intérêt de l’allocation universelle pour la reprise économique et les petits patrons gagneront aussi du pouvoir d’achat grâce à l’allocation universelle dont ils bénéficieront aussi. Ils seront donc rapidement convaincus. Ils seront aussi sensibles à la situation de leurs salariés, à l’amélioration du sort des pauvres et des chômeurs qu’une telle mesure permettra. On pourra même leur montrer que, loin de détruire l’emploi, l’allocation universelle permettra aux salariés de disposer de davantage de temps pour se former et pour être plus productifs, plus intéressés par la réussite à la fois économique, sociale et humaine de l’entreprise. Les syndicats représentatifs de salariés seront consultés, écoutés, pourront amender le texte dans ses modalités d’application à condition d’être fidèle au principe cadre et à l’esprit fondateur de la réforme. Les associations seront aussi consultées. Ainsi le grand patronat sera obligé de suivre quelque chose qui deviendra une revendication de la société. Au final le patronat ne pouvant pas ou refusant d’augmenter les salaires, c’est l’Etat qui par l’allocation universelle augmente le pouvoir d’achat. Le patronat, lui, s’engage à ne pas diminuer les salaires. La loi prévoira des poursuites et des lourdes peines d’amendes en cas de non respect de la part d’un patron de l’engagement pris de ne pas baisser les salaires. Pour conclure, dans un contexte globalisé dans lequel les entreprises sont attirées par la main d’œuvre à bas coûts des nouveaux pays industriels, dans lequel l’informatisation des processus productifs provoque un accroissement sans précédent de la productivité, dans lequel le travail se raréfie du fait de l’explosion démographique mondiale et de l’absence d’innovation technique majeur capable de porter des débouchés et de provoquer une forte croissance, dans un contexte où les revenus du capital croissent et où les revenus du travail décroissent, l’allocation universelle permettra à la fois de diminuer fortement la pauvreté, de garantir à tous un revenu inconditionnel et inamovible, d’améliorer les conditions de vie de centaines de milliers de gens, de faire progresser le pouvoir d’achat des salariés et des chômeurs, de suivre l’inflation en relançant la demande, de ramener la demande au niveau de l’offre, de faire entrer l’économie dans un cycle humain, solidaire et vertueux. De rendre la vie des hommes plus libres et plus heureuse.
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