Angoulême

Débat d'Angoulême : conclusion de Martine Aubry

Débat d'Angoulême : version courte

Débat d'Angoulême : version longue

Arrivée de Martine Aubry à Angoulême

Angoulême, 18 h 30 : Une salle des fêtes dans une commune populaire de la banlieue d’Angoulême.

Son plafond habillé de bois marron, ses lustres seventies carrés, dans un beige indéfini. Ses chaises rouges moulées en plastique granuleux, celles qui s’empilent facilement. On n’est pas dans un meeting traditionnel. Le sujet, c’est d’écouter les gens qui sont venus. Les chaises sont disposées en arc de cercle, façon exercice de démocratie participative. Tout le monde peut voir un grand écran, ou s’affiche la carte de « la France qu’on aime » avec ses photos en mosaïque et sa petite fille à nattes qui rigole au milieu. Pendant tout le tour de France, la scénographie sera la même. Un animateur qui fait passer le micro, relance, fait parler les gens. Martine Aubry est assise à côté de lui et parle quand on lui laisse le temps. Un film de 25 minutes, réalisé pour l’occasion ouvre la séance et enquille des interview face caméra de français qui expliquent quel est la France qu’ils aiment justement. Pas de béni oui oui, de catéchisme gentillet de gauche. Le film montre la France dans sa crudité : de celle qui pense qu’il y a trop d’étranger, ou d’assistés, au patron de PME qui vomit les banquiers en passant par le « degauche » militant classique qui croit encore que la solidarité peut l’emporter sur l’individualisme qui semble gagner du terrain. Franchement, pourquoi le cacher, on craignait le pire. Qu’auraient à dire les gens, ces Français qu’on a invités à venir parler à la patronne du premier parti de l’opposition, à 18 h 30 un mardi ensoleillé de septembre ? Raconter leur vie, ramener tout à leurs petits problèmes ? Qu’on ne se méprenne pas, je ne fais pas de complexe de supériorité. Je suis une française moyenne, je ne suis pas sûre d’être capable d’expliquer dans une configuration telle ce que j’attends de la France de demain. Ben eux, si. 500 personnes, qui ont envie de parler. Du travail, de son absence et du « fric. » Qui, d’après un jeune travaillant chez Mac Do, Willy, « bouffe tout » et « prend toute la place. » De la de la santé et de la solidarité, peut-être plus dures à maintenir loin de Paris et des grandes villes. On parle des retraites, de l’environnement. Toujours de façon pratique concrète : comme ce viticulteur qui explique le parcours du combattant pour installer de bêtes panneaux solaires sur un nouveau bâtiment dans son exploitation. Les gens me surprennent, il suffit de les écouter. Dix dates s’annoncent. Je me met une seconde à la place de ceux qui sont censés réfléchir au projet pour 2012. Il suffit, là aussi de se taire et d’écouter et les idées tombent. Comme quoi il ne faut sans doute jamais désespérer du peuple.

Angoulême, 15h30 : visite dans une école primaire

Cette fois-ci, plus de journalistes, de suiveurs habituels, pour bénéficier d’un dialogue direct. La rencontre a lieu dans une salle de l’école élémentaire de XX. Un tableau veleda décrépi au mur, dans une étagère une collection de globes terrestres plus ou moins en état. La baie vitrée donne sur une pelouse toute brûlée. Des profs, des instituteurs, des parents d’élèves, des syndicalistes, des personnels de vie scolaires sont venus raconter cette fois-ci leur vie à l’école. Ce qu’ils vivent au quotidien. Pas de quoi réjouir le parent d’élève qui sommeille en la bloggeuse. Ils en ont marre, d’être déconsidérés, mal payés, mis en cause par les parents, manquent de moyens, travaillent façon « marathon », avec des enfants qu’ils décrivent comme de plus en plus durs, à problèmes, dans des classes surchargées. Pourtant on est à la campagne, les gosses qu’on voit rejoindre les parents ont l’air de gosses charmants, turbulents, mais des gosses. Ce que les instits reconnaissent. On n’est pas dans les quartiers difficiles des grandes villes. Mais voilà, rien ne va. Les parents à leur tour, enchaînent et racontent leurs angoisses. On parle presque comme des technos, et les mômes ? il faut dire qu’on en parle assez peu, pas de pédagogie différenciée. Le prof ne parlerait-il que de problème de prof alors qu’on lui confie nos enfants ? Martine Aubry écoute, ne coupe pas la parole, le secrétaire national à l’éducation, Bruno Julliard ne dit rien non plus. Vient la conclusion, pas forcément celle qu’attendaient les personnes dans la salle. La première secrétaire montre son empathie, mais explique que si la gauche revient au pouvoir et qu’elle esquive la refonte totale du système éducatif et se contente « comme d’habitude de remettre des moyens, ça ne réglera pas les problèmes. » Sur le coup, je ne suis pas sûre que l’assistance s’attendait à ce discours qui n’esquive pas les problèmes et prend en compte les griefs. Mais vu du parent d’élève qui se cache derrière le blog, ça fait du bien. Le sujet de l’école ressortira un peu plus tard le soir, dans le débat avec les habitants. Mais vu de l’usager oserait-on dire …

Angoulême, 15h30 : première visite dans une entreprise d'insertion

Nous y voici donc. Angoulême première étape. On s’abstiendra de revenir sur l’échec de l’arrivée de la bloggueuse à l’heure. Par chance, puisque l’idée est d’aller voir les Français sur le terrain, le PS n’a pas fait les choses à moitié : deux visites dans l’après-midi et la grande réunion participative du soir. 15 h 30 : La première visite est pour une entreprise d’insertion. Et, avec la presse aux basques, ce qui, il faut bien le dire, biaise un peu le principe de la visite. En général, dans ces machins-là, les salariés sont plus impressionnés par le nombre des caméras et des micros que par la personne qui vient les voir. Et, l’impératif de temps fait que ce qui pourrait être un bon point de vue sur la réalité du travail, vire à l’exercice obligé du patron qui souhaite qu’on passe dans tous les ateliers pour n’oublier personne. C’est la règle du genre, ni plus, ni moins. Dans cette entreprise d’insertion là on recycle des monstres, ces choses qu’on ne veut plus voir : frigo, ordinateurs et autres saloperies pleines de fluides toxiques, de gaz polluants. Autant dire que faire rentrer 40 personnes au pas de charge est une gageure. Le responsable de l’entreprise redonne les consignes de sécurité, on ne fume pas, on ne touche pas le matériel. Tout le monde se marre. Et on rentre derrière la première secrétaire, qui va au contact. Ne se contente pas d’écouter ce que dit le patron. Après tout, avec un passé ministre des affaires sociales ça aide.
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