Un nouveau modèle de production pour sortir de la crise, une stratégie industrielle pour préparer l’avenir
Atelier 1 : Un nouveau modèle de production pour sortir de la crise, une stratégie industrielle pour préparer l’avenir
Nous nous sommes fixés une ambition collective : inventer un autre modèle de développement, plus sobre, plus juste et plus efficace. Ce défi, nous le relèverons si nous parvenons à concilier un modèle de production durable avec les exigences de la compétition économique mondiale.
La France est entrée dans un processus de désindustrialisation rampante. Inaction et manque d’ambition, c’est le constat implacable que nous dressons après 7 ans de droite au pouvoir. Les entreprises ferment, nous sommes à la merci d’une balance commerciale largement déficitaire et pourtant, l’UMP regarde notre tissu industriel disparaître sans réagir.
Nous voulons que la France et l’Europe agissent et s’engagent pour que nous puissions faire émerger les futurs champions industriels qui feront les emplois de nos enfants et de nos petits-enfants.
Pour cela, nous avons des pistes et des intuitions : il faut investir massivement dans la recherche et le développement, faire de l’Etat un véritable stratège industriel, sécuriser nos apports énergétiques.
Ce groupe de travail va défricher ces pistes et nous proposer d’engager en 2012 une véritable révolution industrielle !
Rapporteur : Célia Firmin
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Rapport de l'atelier n°1 : Un nouveau modèle de production pour sortir de la crise, une stratégie industrielle pour préparer l’avenir
Contribution
de Guillaume Bachelay et Michel Sapin en vue de la
Convention
nationale sur un nouveau modèle de développement
économique, social et écologique
Thème n°1 :
Un nouveau
modèle de production pour sortir de la crise, une stratégie industrielle
pour préparer l’avenir
Avertissement
Ce rapport est issu des travaux, des auditions et des débats de l’atelier 1. Il est destiné à animer le débat en vue de la Convention sur le nouveau modèle de développement, économique, social et écologique.
Il a été rédigé sous la responsabilité
des présidents de l’atelier et n’engage qu’eux. Il ne préjuge
pas des orientations qui seront arrêtées par le Parti socialiste au
terme de la Convention.
Retrouvez l'atelier sur la coopol
A partir de ces contributions, le travail des ateliers se poursuit désormais
avec tous ceux qui le souhaitent, en ligne sur la Coopol, jusqu’au
27 avril.
Introduction
La crise a
profondément touché notre modèle de production et a accentué
la modification du paysage industriel français : destructions d’emplois
massives, déstructuration du système productif, fermetures nombreuses
de sites… Elle est venue frappée un secteur productif et des bassins
d’emplois, déjà affaiblis par sept années de politique menées
par des gouvernements de droite.
Au-delà
des difficultés conjoncturelles, l’industrie française et européenne
est aussi confrontée à de très graves difficultés structurelles.
Les pratiques ultralibérales (obsession de la rentabilité maximale
à court terme, déséquilibres croissants de la répartition de la
valeur ajoutée entre le capital et le travail, renoncement de l’Etat
à orienter le système productif vers une croissance durable et à
limiter l’ouverture des marchés sans aucune exigence sociale et écologique,
réponses d’urgence et sans vision stratégique) se sont avérées
coûteuses et ont produit des effets désastreux.
La désindustrialisation
et les pertes d’emplois massives, non compensées par les services,
ont provoqué un recul des salaires, la précarisation et la dégradation
des conditions de travail. Ouvriers, employés, mais aussi ingénieurs,
cadres de l’industrie et entrepreneurs ont été les variables d’ajustement
de trois décennies ultralibérales. Quand la croissance était forte,
la question sociale ne devait pas être posée pour ne pas interrompre
le cycle. Inversement, quand l’activité chutait, les « producteurs
» étaient placés devant l’alternative : le chômage ou l’emploi…
La crise actuelle nous ramène à la réalité ! L’industrie et ce
qu’elle induit – des services, des centres de recherches, des chaînes
de valeur, des bassins d’emploi et de vie, non sans transformations
subies ou choisies - demeurent la substance de notre économie et la
colonne vertébrale de notre société. Or quand l’industrie régresse,
c’est aussi les activités de services, et l’ensemble de l’économie
qui souffre et qui se révèle incapable de soutenir le progrès social.
Face à cette situation, il est nécessaire de repenser la stratégie
industrielle et de préparer le modèle de production de demain : social
et écologique.
L’échec
de l’organisation d’un système productif soumis aux marchés réhabilite
le rôle de la puissance publique. Mais ce
n’est pas d’un nouvel empilage de mesures curatives, sans vision,
ou d’un saupoudrage d’aides publiques sans contrepartie, que viendra
le sursaut. Les enjeux sont énormes. De l’Europe aux collectivités
locales, il faut redéfinir une stratégie industrielle cohérente et
volontariste, qui s’inscrit dans une perspective globale et qui permettra
à l’industrie européenne et française de prendre le virage de la
croissance durable, c’est à dire à la fois sociale et environnementale.
C’est d’une mutation de l’ensemble de l’appareil de production
dont il est question.
Au total, l’atelier propose trois piliers :
- Il n’y a pas d’économie forte sans industrie forte. L’industrie conserve une place centrale dans l’économie. C’est le véritable moteur de l’innovation, des exportations, des services et du progrès social.
- Il n’y a pas d’industrie sans un Etat fort.
- Il n’y a pas d’industrie sans une Europe forte. Face à la concurrence des pays émergents et des Etats-Unis, l’européanisation des projets est une condition sine qua non du succès industriel dans la mondialisation.
1. Au-delà
de la crise actuelle, l’industrie connaît des difficultés profondes.
1.1. La
place de l’industrie dans l’économie n’a cessé
de se dégrader
- L’emploi industriel ne cesse de reculer :
Dans un contexte
d’augmentation de la population active (+6%), la France a perdu environ
500.000 emplois (-13%) depuis 2000, passant de 3,862 millions à 3,360
millions. Depuis le second trimestre 2008, près de 263.000 emplois
ont été encore détruits et l’ampleur des destructions ne s’atténue
pas au fil des trimestres.
- La balance commerciale de l’industrie française se dégrade :
Contrairement
à l’Allemagne, le solde commercial industriel français est
négatif et se dégrade chaque année depuis 2003. Cette situation se
traduit par une perte de parts de marché
de l’industrie française au niveau mondial mais aussi et surtout
vis-à-vis de l’Allemagne et de la zone euro.
- La France accuse un retard dans la recherche :
L’effort
de R&D dans les branches industrielles les plus intenses en R&D
est comparativement plus important en France que dans nombre d’économies
développées et notamment l’Allemagne. Mais la France accuse un retard
notable en termes de dépenses totales de R&D rapportées au PIB
du fait de la part importante des industries peu intenses en R&D
dans son tissu industriel (1,9% de son PIB en 2006 contre 2,4% en Allemagne).
La France se caractérise par ailleurs par un niveau important de dépenses
de R&D publiques, l’un des plus important de l’OCDE rapporté
au PIB, et à l’inverse par un faible niveau de dépenses de R&D
privées.
1.2. Les
politiques menées depuis 2002 n’ont pas permis de corriger ces difficultés
- Une spécialisation sur des secteurs peu porteurs, à l’inverse de ce que prônait la stratégie de Lisbonne
Les mesures
prises, reposant principalement sur l’abaissement des coûts (coûts
du travail, coûts environnementaux…) sans contrepartie et sur un
empilage de dispositifs sans cohérence, ont contribué à enfermer
l’industrie française sur des secteurs peu porteurs et frappés de
plein fouet par la concurrence des pays à bas salaires.
Les politiques menées ont conduit à une spécialisation sur les activités à bas salaires, les contrats précaires et les emplois peu qualifiés. Chacun sait qu’il n’est pas possible, ni socialement ni économiquement, de concurrencer les pays émergents par la baisse des coûts de production. Une telle stratégie va à l’encontre à la fois des objectifs de Lisbonne sur le développement de l’économie de la connaissance et du maintien d’une activité industrielle compétitive, créatrice d’emplois et respectueuse de l’environnement. L’insuffisance de l’effort de R&D et d’innovation est en grande partie liée à une trop grande spécialisation industrielle dans des secteurs à faible ou moyenne valeur ajoutée, davantage soumis à la concurrence des pays émergents.
- Une absence de ciblage et un saupoudrage des aides au détriment des PME
La multiplication
des dispositifs d’aide et de soutien aux entreprises et à l’investissement,
qui relèvent d’une multitude d’organismes locaux ou nationaux,
voire européens, témoigne de l’absence de stratégie industrielle
cohérente.
Les moyens sont dispersés. Les dispositifs sont globalement mal ciblés et non coordonnés, sans perspective de long terme. Pour ne citer que les principaux :
- le crédit impôt recherche (5,8Mds€) : comme tous les instruments fiscaux, le CIR profite plus que proportionnellement aux grandes entreprises. Pour plus d’efficacité et éviter son utilisation comme niche fiscale par les grands groupes, il devrait être davantage ciblé sur les PME et ses critères d’attribution repensés. Une évaluation précise est nécessaire avant toute nouvelle extension du dispositif, ce que refuse le gouvernement.
- les pôles de compétitivité (71) n’ont pas assez de moyens (1,6Mds€ sur trois ans) et leur fonctionnement est peu transparent.
- OSEO : la « banque des PME » manque cruellement de moyens (1,4Md€ avec le plan de relance), de nombreux dossiers ne sont pas traités, et les aides ne sont pas toujours réparties de manière optimale.
- la création en juillet 2009 d’un « fonds de consolidation et de développement public-privé destiné à financer les PME », abondé à hauteur de 200 millions d’euros, ne fait qu’ajouter un dispositif supplémentaire, qui plus est faiblement doté, sans vision stratégique.
- La stratégie du gouvernement face à la crise : des aides aux grands groupes sans contrepartie
Nous ne disposons
d’aucune évaluation du contenu, de même qu’il n’est pas exercé
de contrôle sur la bonne application du fonds stratégique d’investissement
(FSI). Doté de 3Mds€, il
est destiné aux grands groupes. Les contreparties demandées – il
pourrait s’agir de maintien de l’emploi, d’engagement de volumes
d’activité pour pérenniser les sites en France ou de respect des
délais de paiement aux fournisseurs - sont inexistantes.
La même question
se pose pour les interventions menées par le fonds de modernisation
des équipementiers automobiles (FMEA). Les équipementiers, fournisseurs
et distributeurs accèdent avec les plus grandes difficultés aux fonds
qui leur sont pourtant destinés. Pour ceux qui ont touché des aides,
cela n’empêche pas des fermetures de sites et délocalisations.
Les constructeurs
automobiles ont, quant à eux, bénéficié de six milliards
d’euros d’aides gouvernementales. Elles n’ont permis ni de
soutenir les sous-traitants du secteur automobile, ni d’empêcher
l’effondrement de la production des constructeurs français, encore
moins de limiter les "plans de départs volontaires", les
fermetures de sites (PSA à Asnières), voire les délocalisations (c’est
le cas de la Clio 4 qui sera produite en partie à Flins, mais aussi
en Turquie).
La question
de la pérennité de ces aides d’urgence, coûteuses, et dont
l’efficacité reste à prouver se pose.
2. De l’Europe
aux collectivités locales, replacer l’industrie au cœur des préoccupations
de la puissance publique
L’approche que nous développons ici est en tout point opposée à celle de la droite :
- Alors que la droite de Nicolas Sarkozy développe une politique centrée sur le soutien aux grands groupes, nous proposons une approche par filières ;
- Nous plaçons au coeur de nos politiques les PME – PMI et les entreprises de taille intermédiaire (ETI), alors que la droite ne les conçoit que comme seules sous-traitantes des grands donneurs d'ordres ;
- Nous accordons un rôle stratégique aux salariés et à la démocratie sociale contre le fait accompli et l’actionnariat ;
- Nous développons une approche européenne et interventionniste alors que la droite reste centrée sur le niveau national et adopte une approche libérale.
Ces points
de clivage structurent notre analyse et nos propositions.
2.1 Une
approche par filière : rééquilibrer les relations entre donneurs d’ordre
et sous-traitants
Les relations
des PME avec les grandes entreprises sont, par définition, très inégales. Les
PME sont souvent trop petites pour engager un dialogue équilibré avec
les grandes entreprises, dont certaines n’hésitent pas à imposer
des réductions de prix drastiques, des délais de paiement différés,
des clauses abusives qui conduisent à un affaiblissement des sous-traitants
voire à leur disparition, contribuant au délitement de tout le tissu
industriel. Les grands groupes se privent ainsi de la capacité d’innovation,
de la technicité et de savoir-faire de proximité des PME, qui ne disposent
pas, elles, de la vision stratégique des donneurs d’ordre, de leur
taille critique et de leur capacité à déposer ou protéger leurs
brevets.
Nous proposons
de normaliser ces relations, notamment pour les PME sous-traitantes,
en créant des recours juridiques simples et rapides pour le respect
des délais de paiement et des contrats. Afin de protéger les créations
et les savoir-faire des sous-traitants, il faut encourager les efforts
de coopération comme le portage et les quotas visant à augmenter la
sous-traitance des grands groupes aux PME.
2.2 Placer
les PME-PMI et les ETI au centre de la politique industrielle
Hors filiales
de grands groupes, l’emploi dans les seules entreprises de moins de
250 salariés du secteur concurrentiel est estimé à 9 millions d’actifs,
tous statuts confondus, soit 55% environ des effectifs du secteur privé.
Les PME produisent 42% de la valeur ajoutée. Elles sont particulièrement
présentes dans des filières industrielles majeures pour la France :
le logiciel, l’automobile, l’aéronautique et l’agroalimentaire.
- La France doit se doter d’un outil majeur du pilotage de la politique industrielle nationale : un pôle public d’investissement industriel
Pour soutenir
le tissu industriel et d’abord les PME, pour combler le « trou de
financement » qui existe pour les PME qui recherchent, pour se développer,
entre 150.000 et 1,5 million d’euros, pour assurer la stabilité des
financements et des coûts liés aux crédits compatibles avec une progression
à long terme de l’activité et permettre la conversion écologique
de l’appareil de production, la France doit se doter d’un Pôle
public d’investissement industriel (2P2I). Ce pôle doit permettre
à la puissance publique de participer à l’orientation stratégique
de l’industrie. Il sera décliné sous forme de fonds régionaux.
Il doit également
coordonner l’ensemble des structures financières publiques (Caisse
des dépôts et consignations, Oséo, FSI, pôles de compétitivité…)
et des aides publiques qui bénéficient aux entreprises, accordées
contre de véritables contreparties et engagements des entreprises aidées
(CIR, subventions, aides diverses, avances remboursables, exonérations
de cotisations sociales…).
- Réorienter le financement privé et l’épargne vers le long terme
L’épargne en France atteint un niveau important mais reste insuffisamment orientée vers des financements longs dont ont besoin les entreprises industrielles pour le financement de leurs projets et de leur développement.
Plusieurs pistes existent : nous proposons notamment de créer un « livret d’épargne industrie » qui intégrerait le livret de développement durable (ex Codevi) et le livret d’épargne populaire.
L’orientation vers un financement de moyen/long terme serait favorisée par des taxations dégressives sur les plus-values, luttant ainsi contre la spéculation. De nouvelles modalités de financement seraient lancées, prenant appui sur les bassins régionaux, avec l’aide des chambres de commerce et d’industrie (CCI), des pôles de compétitivité et des nouveaux pôles d’investissement régionaux, favorisant efficacement l’ancrage régional et le financement de projets de proximité.
Pour inciter
les entreprises à opter pour une stratégie de gestion privilégiant
l’investissement à long terme, le développement de l’activité
et de l’emploi, nous proposons la modulation de l’impôt sur les
sociétés en fonction des bénéfices réinvestis ou versés sous forme
de dividendes.
- Pour une croissance durable : encourager l’innovation et la recherche
Le redéploiement
de l’industrie française ne pourra se faire que par l’innovation
et la recherche. Une industrie plus respectueuse de l’environnement
ne pourra se développer que si les résultats de la recherche fondamentale
sont transformés en innovation. Les pouvoirs publics doivent encourager
toutes les initiatives d’échanges entre acteurs publics et privés
de la recherche et de l’innovation.
La culture de l’innovation se construit : il s’agit de former les entrepreneurs, en liaison avec les collectivités territoriales, de diffuser et promouvoir l’esprit d’innovation à travers les universités et grandes écoles en créant des liens avec les PME (soutien régional pour l’embauche de doctorants, information des PME), aider les doctorants qui le souhaitent à intégrer le secteur privé par des aides ciblées dans les PME/PMI (allègements de charges, crédits d’impôt-recherche liés au recrutement de docteurs et de chercheurs, renforcement des conventions industrielles de formation par la recherche - Cifre).
L’aide publique
à l’innovation, notamment à travers des organismes tels que Oséo,
doit être attribuée selon des critères liés à la politique industrielle
définie par la puissance publique, aux nécessités de l’export,
de la création d’emplois durables et de la protection des savoir-faire,
et ce dans une grande transparence et des délais acceptables par des
PME qui ont un réel besoin de ces aides.
Une aide aux
dépôts de brevets est nécessaire (aides aux études de marché et
aux extensions des brevets à l’international). Le dépôt serait
alors conjoint au nom de la société et de l’organisme qui aide
au financement. L’entreprise garderait le plein usufruit du brevet,
mais la copropriété permettrait d’en maîtriser l’usage en cas
de délocalisation ou de cessation d’activité.
Le constat
de l’engagement insuffisant dans l’innovation, facteur essentiel
pour le renforcement de la compétitivité des entreprises, incite à
proposer un recentrage du crédit impôt recherche sur les PME.
2.3 Associer
les salariés pour préparer l’industrie de demain
- Instaurer la démocratie sociale
On ne pourra
pas faire grandir nos PME si le dialogue social y reste balbutiant,
voire inexistant. Pour favoriser l’implication de tous, permettre
à l’innovation de remonter dans l’entreprise, la représentation
et l’implication des salariés dans la gouvernance des PME doit progresser.
Nous proposons la création de structures de dialogue social, communes à plusieurs PME d’un même secteur d’activité sur un territoire donné. Ces comités « interentreprises » fonctionneraient selon une représentation paritaire, assurant un bon climat social dans le respect du droit du travail, des grilles de rémunération, du temps de travail. Il s’agit d’encourager la représentation des salariés en empêchant les effets de seuil, et en garantissant aux salariés les possibilités de dialogue social sans crainte de pressions internes déplacées.
Enfin les représentants
des salariés doivent être mieux informés et associés aux choix stratégiques
de l’entreprise : accès des membres du Comité d’entreprise (CE)
aux documents financiers de la société, présence des représentants
syndicaux dans les organes de direction des pôles de compétitivité.
- La formation professionnelle pour préparer le système productif de demain
Il ne s’agit pas de prolonger avec les vieux schémas du partage du monde entre savoir d’un côté et production à bas coûts de l’autre : cette vision est définitivement dépassée.
Nous proposons, compte tenu de la relation encore trop exclusive entre les diplômés des grandes écoles et les grands groupes, que l’entreprenariat et la production industrielle soit mieux enseignés, davantage valorisés dans les cursus scolaires. Cette orientation intensifiera le travail amorcé par les pôles de compétitivité dans le but de resserrer les liens entre universités, grandes écoles et PME dans chaque territoire.
Il y a un dangereux décalage entre ce que nous sommes capables de produire aujourd’hui et ce qu’il faudra produire demain pour gagner de nouveaux marchés et répondre à de nouveaux besoins. Il s’agit par la formation professionnelle tout au long de la vie d’agréger à notre savoir faire, de nouvelles compétences.
La restauration
durable de l’attractivité des métiers de l’industrie passe par
des mesures de fond dans la politique de formation.
C’est une compétence essentielle de nos régions. Dans la crise, les régions ont mis en œuvre des dispositifs de soutien aux salariés licenciés ou menacés de licenciement pour les accompagner dans leurs démarches de formation (sous la forme de compléments d’indemnités ou d’accompagnement personnalisé).
- Face à la crise : aider à la reconversion des sites et des salariés, lutter contre les licenciements dans les entreprises qui versent des dividendes
- En modulant l'impôt sur les sociétés en fonction de l'effort fait dans le cadre du maintien de l'emploi.
- En renchérissant le coût des licenciements pour les entreprises qui versent des dividendes ou rachètent leurs propres actions. Le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) devra tenir compte, sous le contrôle de l’administration du travail et des services fiscaux, de la situation financière des entreprises. Quand elles sont bénéficiaires et continuent à verser des dividendes à leurs actionnaires ou procèdent à un rachat d’actions, le PSE aura l’obligation de reclasser ou de reconvertir dans un emploi de catégorie équivalente l’intégralité des salariés concernés, et financer la réindustrialisation des sites affectés.
- En instaurant une obligation de remboursement préalable des aides publiques reçues cinq ans avant toute ouverture de procédure de licenciements.
- Possibilité de mise sous tutelle des entreprises par le tribunal de grande instance sur saisine des salariés en cas de pratiques contraires aux intérêts de l’entreprise et de l’emploi. Pour empêcher le pillage d’entreprises françaises au détriment des salariés, et le licenciement de salariés par des entreprises bénéficiaires, le TGI désignerait un administrateur judiciaire qui serait chargé de gérer l’entreprise le temps de faire cesser des pratiques contraires aux intérêts de l’entreprise et de ses salariés.
2.4
Créer un cadre macroéconomique, monétaire et financier favorable
pour une stratégie industrielle européenne
- Une stratégie industrielle orientée vers des projets innovants : la création de champions européens
La panne de
croissance économique liée à la faiblesse des revalorisations salariales
et à la montée du chômage risque d’accentuer le redéploiement
mondial des grands groupes, donc les délocalisations. Or la contraction
des coûts salariaux ne permet pas de lutter contre les délocalisations.
Le premier déterminant de l’implantation des entreprises n’est
pas le coût du travail mais l’importance du marché et ses perspectives
de croissance.
Pour lutter
contre les délocalisations, il nous faut construire une stratégie
durable orientée vers des projets innovants et des produits haut de
gamme. Des filières comme le transport écologique, les biotechnologies
médicales, les réseaux numériques, sont porteuses pour la croissance
de demain mais requièrent le plus souvent des investissements massifs
que les Etats pris isolément peuvent difficilement financer.
Seuls des
champions européens auront la taille critique pour résister aux
risques de rachat par des concurrents étrangers, avec des effets souvent
négatifs sur la cohérence des filières et le maintien de l’emploi
et de l’activité, et d’avoir les moyens pour faire face à la montée
en puissance des pays émergents. Comme elle a su le faire hier pour
l’espace et l’aéronautique, l’Europe doit aujourd’hui se coordonner
pour réaliser des grands programmes, en matière d’économie verte
et mettre en place un nouveau modèle de production.
Nous serons
donc amenés à définir avec nos partenaires européens les
grands secteurs où nous devrons consolider les champions existants
et en faire émerger de nouveaux, lorsque c’est nécessaire. L’Europe
doit se doter, pour atteindre cet objectif, d’un ministère de
l’Industrie, dont la mission serait d’identifier les axes d’investissement
partenarial, en associant États et entreprises. La Banque Européenne
d’investissement mais également sur de nouveaux instruments apporteraient
leur concours.
- Une politique fiscale coordonnée
L’évasion fiscale constitue un obstacle de taille à la mise en oeuvre d’une véritable politique industrielle. Non seulement elle ampute les moyens de l’État, mais en plus, elle désorganise les filières industrielles et, en bout de chaîne, nos territoires.
Au-delà des délocalisations fiscales, se pose également le problème des aides fiscales du gouvernement aux entreprises réalisant des bénéfices conséquents. Par exemple, L’Oréal a réalisé 2,2 milliards d’euros de bénéfices en 2007 et perçu une subvention de 68 millions d’euros au titre du crédit impôt-recherche.
Il est donc
urgent de lutter contre ces pratiques, qui réduisent les moyens financiers
de la puissance publique et déstructurent les filières, en prenant
des mesures qui mettront réellement fin aux paradis fiscaux, en harmonisant
les politiques fiscales entre les pays européens, en développant la
coopération européenne en matière de lutte contre la fraude fiscale
et en renforçant les moyens de contrôle de l’administration fiscale.
- Assurer un financement efficace de l’économie : réguler la finance au plan européen
Le secteur
industriel ne peut se développer sans un secteur financier orienté
vers le financement de l’économie. Le financement bancaire est nécessaire
à la réalisation des projets d’investissement, notamment pour les
PME. La régulation du système financier doit donc être un objectif
à part entière d’une politique industrielle globale.
Afin de réorienter
les banques vers le financement de l’activité économique, nous proposons
que l’Europe adopte des règles permettant une plus grande transparence
des produits financiers, une régulation des mouvements de capitaux
et la taxation des transactions financières internationales (type Tobin).
- Une stratégie européenne de recherche
L’effort de recherche reste désespérément faible. Le fonctionnement des universités et de la recherche reste centré au niveau national. L’Europe doit rapidement se doter d’une stratégie commune de recherche et d’enseignement supérieur.
En ce qui concerne
les liens entre recherche publique et privée, faibles en France
et qui concernent surtout les grands groupes, il est indispensable de
développer les budgets de recherche collaborative, de faciliter l’accès
aux laboratoires publics et aux universités pour les acteurs de chaque
filière, quel que soit le rang où elles interviennent, de favoriser
l’accès des PME aux résultats de la recherche appliquée.
Pour favoriser l’émergence d’une Europe de l’industrie durable et de la créativité, nous proposons également de :
• lancer un plan d’investissement européen afin de financer les éco-industries et les bio/nanotechnologies européennes ;
• bâtir une vraie Agence de l’innovation industrielle adossée à la Banque européenne d’investissements ;
• créer enfin un brevet européen pour aider les PME innovantes à protéger leurs innovations et à exporter ;
• augmenter massivement la part des dépenses publiques de recherche gérée au niveau de l’Union européenne ;
• instaurer un statut juridique unique pour les jeunes entreprises innovantes assorti de mesures fiscales incitatives (par exemple, un crédit d’impôt-recherche commun) dans le cadre du « Small business act » en cours de négociation ;
• le rapprochement
entre acheteurs publics européens dans le but de développer des montages
privilégiant l’achat innovant.
- L’amélioration de l’information pour lutter contre le dumping social et environnemental
La pression exercée par les citoyens – consommateurs peut faire reculer les pratiques de dumping social et environnemental. Pour cela, il est nécessaire d’améliorer l’information disponible et la traçabilité des produits. La transparence et l’éthique doivent être au coeur des choix industriels. Le consommateur doit être informé de manière claire de :
- la localisation géographique des sites de production ;
- la performance environnementale non seulement des produits mais aussi de l’ensemble de la chaîne de valeur ;
- l’existence,
l’origine et le montant, lorsqu’il y en a, des financements publics.
Deux points
ont fait l’objet de débats qui n’ont pas permis d’aboutir à
un consensus, il s’agit de l’opportunité d’introduire ou pas
une gestion politique de notre monnaie et d’instaurer des écluses
sociales et environnementales. Deux arguments peuvent conduire à s’opposer
à ces mesures : l’évolution du taux de change est avant tout cyclique
et n’est pas le principal facteur de compétitivité, instaurer des
écluses sociales et environnementales pénaliserait principalement
les pays en développement.
- Une gestion politique de notre monnaie
La zone euro
est la seule des grandes zones économiques à ne pas faire usage
du taux de change de l’euro comme outil de politique économique.
Pour contrer cette tendance, la BCE et les Etats membres doivent adopter
une politique de taux d’intérêt plus offensive.
Le taux de
change de l’euro n’est toujours pas une préoccupation de la Banque
centrale européenne ni des chefs d’Etat et de gouvernement, alors
que l’appréciation de la monnaie unique par rapport au dollar handicape
lourdement l’industrie européenne. Quand l’euro s’apprécie de
10 centimes, EADS perd un milliard d’euros ! L’absence de politique
monétaire coordonnée de la BCE et des Etats membres fait peser des
risques graves pour les fleurons de l’industrie européenne tel Airbus,
alors que la Chine ou les Etats-Unis n’hésitent pas à sous-évaluer
leur monnaie pour favoriser leurs industries nationales.
- Pour lutter contre le dumping environnemental et social : des règles commerciales exigeantes et une politique de la concurrence au service de la politique industrielle
Il est temps que chacun ouvre les yeux : l’Europe est certainement le seul continent libre-échangiste dans un monde où tous les grands blocs sont protectionnistes. La Chine, par la sous-évaluation du yuan et les restrictions massives aux importations et aux investissements sur son territoire, est protectionniste. L’Europe doit instaurer des écluses sociales et environnementales pour rétablir les conditions d’un juste échange, par des droits de douane appliqués sur les produits qui ne respecteraient pas les normes internationales en matière environnementale (Kyoto, Copenhague…) et sociale (Organisation internationale du travail). Par ailleurs, les produits qui ne respectent pas les normes européennes doivent faire l’objet d’exclusions.
Annexes
Auditions :
Jean Louis Levet, directeur général de l'Institut de recherches
économiques et sociales (IRES)
Bibliographie :
- « pour une nouvelle politique industrielle », note de Terra Nova, 24 février 2010
- « rapport des états généraux de l’industrie », janvier 2010
- « rapport sur l’industrie », Parti socialiste, février 2010
- le rapport de Jean Louis Beffa, pour une nouvelle politique industrielle, la documentation française, 2005
- le rapport du centre d'analyse stratégique "nouveaux modèles de croissance"
- la lettre de l'OFCE "vers une politique industrielle n° 269 de déc 2005
- le doc de travail de l'OFCE " The U-Shaped Productivity Dynamics of French Exporters" - janvier 2007
- "L'industrie est notre avenir" de Jean-Louis LEVET, IRES
- Les restructurations industrielles : une fatalité du marché? Le cas de la filière automobile en France, Armelle GORGEU, René MATHIEU, revue de l'IRES, n°47 - 2005/1
- "Politique Industrielle et PME : Nouvelle Politique et Nouveaux Outils" Denis Carré et Nadine Levratto (Economix - paris10 - Cnrs), revue d'économie industrielle, n°126, deuxième trimestre 2009
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