Pour une nouvelle agriculture et un autre rapport à la nourriture
Résumé
Pour l’agriculteur, le premier à être exposé et à être sur le terrain, le changement doit s’opérer par une nouvelle orientation de son métier, de son acte de production. Ce tournant ne peut se résumer à un changement de politique agricole, même si cette dernière n’est jamais neutre, mais par une autre culture de sa pratique, fondé sur un savoir –faire oublié, car non reconnu. Par ailleurs le marché étant toujours directeur, le consommateur doit façonner la demande et prendre le pouvoir dans son choix de consommation. Cela est une aventure culturelle, et suppose une grande sensibilisation et un programme d’éducation à tous les niveaux
Préambule
Dans les années 1950, l’Europe était face au défi de nourrir correctement sa population affaiblie par la période d’après guerre. Une Politique agricole Commune voyait le jour et dans le même temps une grande révolution technique allait bouleversait le monde paysan. Le progrès technique allait être diffusé par des programmes d’appui technique. Une révolution lente s’installait convertissant les hommes de la terre, mais aussi les ruraux migrant en masse en ville, vite séduits par d’autres formes de consommation plus pratiques et rapides.
Plus de 50 ans après, une autre marche doit être engagée, l'agriculture va se retrouver acculer à des limites physiques et environnementales. Ces dernières sont identifiées, mais pas encore entrées complètement dans les faits.
Pourtant la notion de durabilité est déjà bien définie, par les scientifiques et des pertes de biodiversité sont réelles, les sols de nos terres ont perdu de leur valeur, des résidus de pesticides s’accumulent, la qualité de l’eau est en danger. Certains éléments ont déjà été pris en compte car jugés prioritaires en termes de santé public comme l’eau et ses nitrates. Une directive européenne a vu le jour en 1993. Le corps législatif s’étoffe au niveau communautaire au moins 18 directives couvrent les sujets sanitaires et de contaminations.
Mais, tant qu’il n’y a pas un obstacle réel sur le terrain, la remise en cause est lente.
Le changement climatique est un deuxième obstacle majeur. Son impact est déjà engagé et significatif, génératrice de variation météorologique, inondations du nord de l’Europe, orage de grêles, sécheresse estivale.
L’agriculture est au carrefour de cette problématique, un des premiers secteurs à être touché mais un secteur qui comporte aussi une partie de la clé pour pondérer l’amplitude du changement climatique.
Ce contexte implique un changement radical, une révolution similaire à celle des années 50 qui engage l’agriculteur mais l’ensemble de la société et en première ligne le consommateur.
I Une autre agriculture
· Un nouvel acte agricole
L’agriculteur doit modifier son acte de production plus respectueux des ressources de base, de son sol, des disponibilités en eaux et en énergie, moins dépendant des intrants des engrais chimiques et des pesticides. Il s’agit d’un modèle de production plus autarcique, mettant en valeur les ressources en eau, en fourrages en opposition au système d’élevage hors sol.
Par ailleurs l’agriculteur peut participer positivement aux efforts d’atténuation du réchauffement. Le sol bien utilisé peut être un bon réservoir pour stocker le carbone. L’agriculteur peut être un producteur d’énergie solaire mais aussi de biogaz de part le traitement des déjections animales ou des résidus de cultures.
· Pour un appui technique et plan de vulgarisation de nouvelles pratiques ambitieux
Ce nouveau modèle ne peut pas émerger tout seul. Il suppose un encadrement technique. Il convient dans certains cas de reprendre d’anciennes techniques : variété des assolements et utilisation des légumineuses. Il convient dans d’autres cas de développer de nouvelles recherches agronomiques par exemple pour le traitement de la biomasse. L’agriculteur ne doit pas être seul face à nouveau défi et doit être accompagné.
· Pour une politique agricole en adéquation avec ces orientations
Ce nouveau modèle doit être encouragé par une Politique Agricole Commune cohérente par rapport à son soutien.
Nécessité d’avoir une meilleure répartition des aides directes aux producteurs
Les primes versées aux agriculteurs doivent être articulées dans le bon sens et être encore davantage ciblées pour mettre en valeur de nouvelles pratiques agricoles. Les aides doivent être aussi des leviers pour encourager le développement de nouvelles techniques et investissement. En cas de pollution ou de non respect des règles communautaires, le principe de sanction doit être maintenu.
Nécessité de lutter contre la volatilité des marchés
L’agriculteur doit s’engager sur le long terme dans de nouvelle démarche et investir dans une agriculture plus durable. Un minimum de stabilité du marché doit être assuré par une régulation, des instruments de stockage doivent perdurer. De nouvelles relations entre les producteurs et leurs partenaires doivent être développées, mais aussi le pouvoir de négociation du producteur doit être renforcé.
Nécessité de garantir des normes sociales minimale pour la main d’œuvre agricoles
Les conditions de travail du Nord au Sud de l’Europe doit reposer sur un socle minimal et mettre fin à l’exploitation de la main d’œuvre peu qualifiée pour la récolte par exemple des fruits et légumes dans les pays du sud.
Une agriculture plus centrée sur un acte de production plus biologique et donc moins axé sur la performance des rendements pourrait paraître contradictoire avec le défi d'assurer une certaine sécurité alimentaire.
Cette équation peut trouver aussi une réponse dans l’acte de consommation et une politique sociale et de santé encore plus engagée.
II Un autre rapport avec l'alimentation
· Acte de consommation
Une alimentation plus limitée, plus équilibrée.
Toutes les enquêtes épidémiologiques ne peuvent pas encore tout démonter, mais les premiers signes d’une surcharge pondérale sont là chez l’enfant (17 % d’enfant en obésité en Europe) et dernièrement un nouvel article du Monde relatait les limites des doses de produits laitiers.
L'alimentation doit être plus équilibrée, moins calorifique et moins riche en protéine et peut donc être économe en surface. Pour mémoire, en 2008 la Commission européenne a lancé une campagne de promotion sur les fruits et légumes. La protéine animale pas cher, viande de porc et de poulet est issue de nos production de céréales. 40 % de notre production de céréales va pour l’alimentation de nos animaux.
Une alimentation responsable.
Une consommation doit privilégier des fruits locaux et de saison et aussi un achat si possible de proximité et sur un prix "win-win". Le consommateur doit être partie prenante dans sa décision d’achat et un nouveau rapport doit s’installer entre lui et le producteur. Les AMAP sont fondées sur ce concept.
Une alimentation plus diététique et donc plus conventionnelle.
L’un d’une forme de protection du marché intérieur passe un plus grand contrôle de l’aliment. Ceci suppose une proximité entre le consommateur et l’agriculteur mais aussi un retour sur des aliments moins élaborés, moins chargés en ajouts de sucres, de sels et de graisses à contrario des "fast-food", "soft drink" ou plats cuisinés. Le revers de cette consommation est temps de cuisine plus important.
· Une politique sociale et de santé
A l’école dans un programme pédagogique, des cours de cuisines doivent être proposés. Mais surtout une sensibilisation des enfants sur leur alimentation.
Il faut informer le consommateur via un étiquetage approprié (par ex empreinte carbone).
La cantine doit rester aussi un instrument essentiel pour une autre politique alimentaire. Les cantines en milieu scolaire doivent être développées et subventionnées pour être accessibles.
Les aides ménagères et des auxiliaires de vie ou autre agents sociaux doivent être formés pour transmettre de bon message sur l’alimentation et une culture alimentaire.
Cela nécessite des plans de campagne de sensibilisation sur l’équilibre alimentaire, chez les médecins de familles mais dans les structure sociales environnant les familles (Protection Maternelle Infantile, visite médicale,…).
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